Blues Again : Quel regard portez-vous sur votre vie ?
Jimmy Page : Je suis un homme on ne peut plus comblé. La chance m'a souri. Au commencement, mon boulot n'était qu'un hobby. Puis l'énergie s'est déployée, et les projecteurs se sont tournés vers moi. J'ai passé ma vie à faire ce que j'aime, et j'ai grassement été payé pour ça. J'ai traversé des périodes harassantes. Les tournées n'ont pas toujours été faciles, il fallait se concentrer et donner le meilleur de soi-même. Toutefois, le fait de voir tous ces gens heureux en face de moi, de constater le respect qu'ils vouaient à mon travail… quelle compensation ! Les gens étaient bien conscients que je me défonçais pour eux. J'avais un boulot à accomplir, et j'ai rempli le contrat. Le fait de savoir que des milliers de jeunes se sont précipités sur une guitare après nous avoir écoutés, c'est encore quelque chose de très gratifiant. Quant à ceux qui se sont lancés dans la carrière, qui ont gravé leurs propres disques, c'est une autre récompense pour moi. Vraiment, je suis aux anges, j'ai eu une vie fantastique !
Comment votre style s'est-il formé ?
Au sein des Yardbirds, on était trois virtuoses à l'époque. Eric Clapton s'est orienté vers le blues; Jeff Beck vers une recherche plus personnelle et davantage en solo. Au risque de vous surprendre, j'ai toujours été attentif à ne pas me cantonner dans un rôle de soliste. Je voulais être tout à la fois songwriter et guitariste. Mon truc était d'intégrer à ma panoplie différents styles de musique, d'autres tangentes, et d'en produire une synthèse. Par exemple, j'adorais le folk. Eux, non.
Avez-vous été attiré par des musiques non occidentales ?
Je peux autant me retrouver dans le blues que dans un raga de Ravi Shankar. Je suis en mesure de repérer des lignes de blues dans un raga, et d'expliquer leur position. En ce moment, j'écoute de la musique égyptienne. Je suis dingue d'Oum Kalsoum. J'écoute aussi de la musique brésilienne. La musique des tambours avant les matches de foot, c'est de la samba pure. Led Zeppelin a tourné au Brésil. Nous avions les foies du matin au soir. Il faut dire que les musiciens de Deep Purple y étaient allés avant nous, ils nous avaient raconté comment on les avait dévalisés… On se déplaçait quasiment en blindé là-bas.
Une appréciation sur Jimi Hendrix ?
Ce gars était tout à la fois. Un musicien total. A complete package. Il composait, jouait, se lançait dans des soli époustouflants et faisait le spectacle sur scène... De surcroît, il chantait superbement. Un phénomène unique. Je n'en connais aucun qui l'approche.
Quelle est votre influence majeure ? Celle dont l'écoute vous a décidé à jouer ?
Ah, le point de départ ? Elvis ! Tout a démarré avec lui. Pour moi, le plus important, c'est Elvis Presley. Avant lui c'était le souk, toutes les musiques étaient dispersées. Il a rassemblé les pièces. J'aime tout du King, la période Sun en tête. Les techniques d'enregistrement du producteur Sam Philips étaient révolutionnaires.
Bruno Pfeiffer
... la suite dans Blues Again ! N°17