Swinging London
En septembre 1967 Peter Green fonde Fleetwood Mac avec le bassiste John McVie et le batteur Mick Fleetwood. Le guitariste Jeremy Spencer vient compléter la formation.
Dés le premier album, Peter Green s’impose comme le leader. Son jeu, foncièrement électrique, redoutablement ancré dans le blues rural américain, fait mouche. Viennent s’ajouter des dons de compositeur, qui lui permettent de démarquer le répertoire du Mac des autres bands. Pourtant, il prend déjà soin de ne pas s’exposer, seul aux commandes, et tient à partager guitare et micro avec Spencer, lequel intervient à coups de slide magique, façon Elmore James.
Fleetwood Mac s’impose parmi les grands mais, dés 1968, l’esprit de Green est déjà passé à autre chose. Le groupe sort en effet des titres bien loin du blues-boom : ‘Black Magic Woman’, ‘World In Harmony’ ou le sublime instrumental ‘Albatross’, tous signés Green, et enluminés d’improvisations surréalistes, à la fois délicates et très violentes dans leur puissance sonore.
Peter Green vit alors une sorte de conflit intérieur. Fleetwood Mac enregistre un second disque, très blues, avec un troisième guitariste arrivé en renfort, Danny Kirwan. Parallèlement, les 45-tours et les titres live sont très différents des LPs. Peu à peu, Spencer perd du terrain, au profit des compositions Green-Kirwan.
Le groupe tourne aux États-Unis. Green découvre le LSD et le blues version psychédélique : Grateful Dead, Quicksilver Messenger Service ou Santana. Curieusement, Hendrix reste une influence mineure. Green préfère la profondeur de la note à la dextérité.
En 1969, le disque Then Play On marque une rupture très nette avec le blues classique. Fleetwood Mac se laisse aller à des jams instrumentales. Sur scène, quelques rock’n’roll et blues sont encore là pour occuper Jeremy Spencer, mais le groupe explore d’autres contrées.
L’état d’esprit de Green se dégrade, l’abus de drogues le mène à la schizophrénie. Il est le leader mais refuse d’en assumer la fonction. Cet effacement n’est pas nouveau. Dès les débuts, il avait baptisé la formation par le nom des musiciens de la section rythmique, persuadé qu’ils étaient les seuls pérennes. Certes, deux autres guitaristes avaient partagé le devant de la scène avec lui mais, qu’il le veuille ou non, Peter Green était l’étoile de Fleetwood Mac.
La descente
Les années 1969-1970 sont celles de son apogée artistique… et le climax de sa folie. Le jeu de Green mute au fil des jams. Le son épuré du blues, découpant la note à l’instar de BB King (qu’il accompagna sur son Live In London en 1968), s’enrichit maintenant de wah-wah et de sustain. C’est à cette époque que BB King déclare : « Peter Green est le seul guitariste de blues à me donner la chair de poule ».
Ce qui ne semblait qu’un feeling furtif devient une raison de vivre. De plus en plus renfermé, Green n’arrive à exprimer sa rage qu’à coups de médiator. Les enregistrements live de cette époque constituent un bon reflet de cette période lugubre mais miraculeuse.
Julien Deléglise
…la suite dans Blues Again N°17