Vocation…
J'avais une dizaine d’années. A la télé… Johnny Winter sur un tabouret de bar, sa Gibson Firebird, un chapeau, sa voix. Complètement fasciné par toutes ces notes qui sortaient d’un seul instrument. Par la suite : Stones, Yardbirds, Them... Le morceau fondateur, qui m’a décidé à me consacrer uniquement à la forme la plus crue, c’est ‘Can’t Be Satisfied’ de Muddy Waters. Pour moi le début d’une vocation. J’ai cherché frénétiquement à jouer ce morceau, ce qui m’a entrainé sur la voie des open-tunings et du slide. Je suis remonté aux musiciens ayant enregistré seuls dans les années 40, 30, 20 : John Lee Hooker, Mississippi John Hurt, Skip James et bien sûr l’immense Robert Johnson.
Plus proche de nous, il y a bien sûr cette vieille crapule de Keith Richards. Je le suis à la trace depuis mon enfance. A 14 ans il m’a donné envie de jouer de la guitare, plus tard de monter un groupe, plus tard de m’accorder en open et de jouer du blues. Aujourd’hui il me donne presque envie de me faire photographier pour une pub Louis Vuitton ! Je continue à nourrir une passion tenace pour Peter Case, ex-nerves, ex-Plimsoul, maintenant en solo. Il est un des premiers à m’avoir donné envie de jouer seul sur scène.
Je suis quasiment un gamin pour le blues, je viens à peine de dépasser les quarante ans ! Je suis à Paris depuis une vingtaine d’années. J'ai sévi dans diverses formations niçoises puis parisiennes, dont les Jumpin’ Cadors, premier groupe à 18 ans, un rockabilly sauvage et débridé. Au fil des ans, mes compositions lorgnaient de plus en plus vers la soul, le rhythm’n’blues. Cette évolution m’a amené petit à petit aux sonorités qui m’obsèdent aujourd’hui, le blues le plus rustique que je pratique seul avec ma guitare et une chaise.
Les concerts…
Pour rester vivant le blues doit se mêler à d’autres genres, c'est grâce à ça qu'il est devenu ce qu’il est. Tout en gardant son identité bien sûr. J'ai plaisir à trimbaler mon one-man-show dans des endroits où on ne s’attend pas forcément à entendre du blues. Des publics venus pour d’autres styles, qui se prennent de plein fouet la violence et la force émotive du blues.
Je fais à peu près une trentaine de concerts par an. C'est bien peu (appel aux tourneurs). J'en fais depuis l’âge de quinze ans, difficile de citer le tout premier, mais je garde un souvenir ému de ma première prestation solo, seul sur scène avec ma guitare. C’était en 2004 à Paris, j’ouvrais pour mes amis les Groovers. Un retour à la musique, suite à une méchante blessure à la main qui a bien failli me priver de guitare à vie. C’était une renaissance, dans une formule jusque là inédite pour moi, le one-man-band. Un grand moment, la naissance de Hubert # 06 ! Je m’appelle vraiment Hubert, et c'est un petit clin d’œil à une époque où les surnoms des musiciens étaient souvent liés à leur lieu d’origine. 06, c’est Nice. Va pour Hubert # 06, ce qui fait plus de sens que Mississippi Hubert, Memphis Hub ou John Lee Hubert!
Les instruments…
Essentiellement la guitare, acoustique, électrique, en slide et dans un peu tous les accordages imaginables. Une affection particulière pour l’Open de SOL (que les pionniers appelaient spanish tuning) et qui est incroyablement plus riche qu’il n'y paraît au premier abord. Je joue également un petit peu d’harmonica, du ukulélé et du piano, mais ça reste anecdotique. Citons aussi comme instrument le micro que je glisse dans ma botte pour amplifier le son des battements de pieds. Il faut parler de mes deux guitares préférées. La première est bien évidemment mon emblématique Gibson ES 330 de 1959, date de lancement du modèle. Elle est tout simplement magnifique et a un son phénoménal. J'ai pour elle un attachement sentimental énorme. Je l'ai depuis que j’ai 18 ans, elle a été de toutes les aventures, depuis les Jumpin' Cadors jusqu’à aujourd’hui. En deuxième, c'est un rêve de gosse que j’ai réussi à concrétiser : une magnifique Gibson Hummingbird Blonde de 1965.
Gilles Blampain
... la suite dans Blues Again ! N°16