Généalogie mystique
Alors ce truc bizarre, comment on le définit ? C'est quoi, un instrument à vent fait principalement en cuivre et qui appartient à la famille des bois ? C'est pas clair ! Tout ça parce que le son est produit par la vibration d’une anche. En fait, Adolphe voulait créer un nouvel engin alliant les bois, les cordes et les cuivres, qui ait le doigté d’un hautbois et l’embouchure d’une clarinette. Compliqué, le bonhomme !
Pour l’école primaire, c’est par ici (ton d’instit’) : « On joue du saxophone en soufflant dans le bec à l’aide d’une anche attachée par une ligature, et en actionnant des clefs, disposées sur l’instrument, qui permettent de changer les notes. L’anche est une fine lame de roseau qui vibre quand on souffle. Il en existe de différentes épaisseurs. » Assez, c’est insupportable !
Adolphe Sax, le père de notre outil, avait inventé quatorze différents types de saxophones, ainsi qu’une série de cuivres à pistons, les tubas et les saxhorns. Passons le sopranino (en MI bémol), le mezzo-soprano, le basse (SI bémol) et le contrebasse (MI bémol), plus atypiques. On se concentre directement sur les plus répandus : le soprano en SI bémol, voisin du hautbois par sa droiture et sa sonorité, l'alto en MI bémol, celui que les débutants adoptent en général, ce qui n'enlève rien à ses multiples capacités sonores ni à son éventail de nuances; le ténor en SI bémol qui nous plonge dans les graves et excelle dans le jazz et, enfin, le baryton en MI bémol, nom de nom ! Un engin de poids, toujours plus grave, trop rarement utilisé.
Anatomie harmonieuse
Notre saxophone est composé de trois parties en laiton (alliage cuivre-zinc), montées puis soudées entre elles : le corps, la culasse et le pavillon. S’y ajoutent le bec et le bocal. Les soudures sont ensuite renforcées par des bagues. Le long de l’instrument, les clefs ouvrent et ferment une série de 19 à 22 trous (selon la famille), et produisent les sons (eh oui). En haut du ‘corps’ se trouve le ‘bocal’ : cette partie, généralement courbée, qui se démonte et où l’on fixe le bec en métal, en ébonite ou même en bois. L’extrémité du bocal est entourée de liège, un matériau qui permet de varier l’enfoncement du bec. L’anche est fixée au bec grâce à une ligature.
A l’heure actuelle, quatre grandes marques de fabricants se partagent le marché : Selmer (mythique), Yanagisawa (intéressant), Yamaha (incontournable), et Keilwerth (allemand, personne n’est parfait).
Détresse métaphysique
Tous les musicophiles qui connaissent bien, hélas, l’ambiance froide et vénale de certaines grandes chaînes de magasins comme Woodbrass, spécialisées dans le commerce d’instruments (un stylo bic offert pour un saxo acheté ! Si vous le prenez tout de suite, je vous offre la housse, mais dépêchez-vous, il ne m’en reste qu’une). L'instant T où il réalise que même la musique est un business, où il faut faire des bilans et du chiffre à tout prix. Non, bordel ! L’idéologie, l’étique, l’amour, soit, mais pas la musique !
L’espoir : les bricoleurs-prestidigitateurs
Heureusement, il reste de ces petites cavernes d'artisans-marchands-réparateurs qui refusent de se soumettre aux diktats de la rentabilité. Dans le quartier de Pigalle par exemple, on trouve une devanture magique, 46 rue de la Rouchefoucauld. ‘Sax Machine’!
Héloïse Prévost
... la suite dans Blues Again ! N°16