Black !
Symbole de la fierté de la communauté afro-américaine, en 1969 il avait poussé un cri pour affirmer la dignité du peuple noir « I’m Black and I’m proud ! ». Il devint le porte-parole du ghetto, celui d’une Amérique minoritaire.
Interprète d’exception, le costume de simple chanteur était trop étroit pour lui. Il en fit craquer les coutures.Auteur, compositeur, danseur et chef d'orchestre, Mr Dynamite était un forçat du show-business. Le boss perfectionniste et tyrannique, Jaaaames Broooown, occupait la première place au firmament du rhythm’n’blues et de la soul. Pour en arriver là, il avait dû déployer une créativité hors pair, une énergie farouche, une rage continue. On le surnommait « the hardest working man in show business » (le travailleur le plus exigeant du show business).
Naissance d’un boss
C'est un petit gamin, pieds nus, qui ramasse des morceaux de charbon le long de la voie ferrée. C'est un gosse affamé qui attend dans la nuit le retour de son père, assis, tout seul, en larmes devant la cabane misérable que sa mère a fuie lorsqu'il avait quatre ans. De tous les ténors de la soul, il est celui qui aura connu la petite enfance la plus déshéritée.
À six ans, le voilà confié à sa tante Minnie qui habite une maison de passe à Augusta, en Géorgie, une ville de garnison. Ayant grandi dans un lupanar où il en dû en voir et en entendre des vertes, il sera toute sa vie totalement décomplexé par rapport au sexe, jusqu'à en faire le thème central et triomphant de son œuvre et de ses spectacles. À la différence des enfants de pasteurs (Redding, Aretha Franklin, Marvin Gaye), il n'aura aucun mal à dépasser le hiatus entre gospel et musique profane.
Cependant, tenu de rapporter son écot au logis, le petit James cire les chaussures, lave les voitures et racole les soldats. Pour leur soutirer quelques quarters, il a mis au point une série de petites danses et s'exhibe sur les quais de la gare. Ça lui laisse peu de temps pour l'école, il n'ira pas plus loin que le CM2.
Lors d'une de ses rares visites, son père a apporté un petit orgue à pédale sur lequel le fiston apprend de lui-même à interpréter des airs à la mode, devant le cercle admiratif des filles de la maison. Il met à profit chaque rencontre pour enrichir ses connaissances musicales, saisit toute occasion de faire remarquer sa voix déjà puissante et ses dons de danseur.
Mais sa grande passion est le gospel, qu’il assouvit chaque dimanche, et les sermons chantés du prédicateur itinérant Bishop Daddy Grace, qui mettent les fidèles en transe et qui le marquent pour toujours. En revanche, le blues le laisse circonspect…
La maison close a dû fermer. L'adolescent devient une petite frappe des rues et la chasse aux dollars vire à la délinquance. À 16 ans, Brown Junior se retrouve en maison de redressement. Il y fonde illico un quartette de gospel où il assigne à chacun une partition précise. Sa voix à faire trembler les barreaux épate ses camarades. On le surnomme ‘music box’ et sa réputation de prodige se répand au-delà des murs, si bien qu'un musicien du coin vient s'enquérir de lui au grillage : c'est le pianiste Bobby Byrd, qui l'accompagnera sur scène tout au long de sa carrière…/…
La bombe humaine
C’est le premier concert de James Brown à Paris. Deux batteurs, deux trompettes, deux saxes, un trombone, une guitare, une basse, un orgue, trois danseurs-choristes. Tous vêtus de violet. L’orchestre et les choristes chauffent la salle, le maître de cérémonie harangue le public : « And now, ladies and gentlemen… Jaaaames Broooown ! ».
Il arrive sur scène, pantalon étroit, spencer ajusté. Applaudissements. Le band n’arrête pas de jouer et maintient la tension, grondement de basse et cuivres tonitruants. Le show démarre. Le soulman attaque sa prestation avec ‘Shotgun’. Il enflamme le public. C’est un choc ! Il a 33 ans et quelques années de métier, il est en pleine possession de ses moyens.
Showman à l’américaine, version noire, il maîtrise la scène et captive le public. La performance est incroyable. Aucun artiste n’avait encore jamais envahi la scène de l’Olympia de la sorte.
Michel Laurent
... la suite dans Blues Again ! N°16