Robert Springer, Blues Lyrics
If I Had Possession Over Judgement Day

 

 

If I had possession over judgement day, (bis)
Lord, this little woman I'm lovin' wouldn't have no right to pray.

And I went to the mountain, looking far as my eyes could see: (bis)
Some other man got my woman and these lonesome blues got me.

And I rolled and I tumbled and I cried the whole night long (bis)
Boy, I woke up this mornin', my biscuit-roller gone.

Had to fold my arms and I slowly walked away,
(parlé: I didn't like the way she done.)
Had to fold my arms and I slowly walked away,
I prayed in my mind your trouble gon' come some day.

Now, run here, baby, set down on my knee, (bis)
I wanna tell you all about the way they treated me.

(Robert Johnson, San Antonio, 1936, Columbia CL 1654, disponible, entre autres, sur King of the Delta Blues, Sony 65211)

(traduction :
1. Si j'avais un droit de regard sur le jugement dernier,
Mon dieu, cette petite femme à qui je fais l'amour n'aurait pas le droit de prier.

2. Et je suis allé sur la montagne et j'ai regardé aussi loin que j'ai pu :
Un autre homme a eu ma femme et moi j'ai le blues de la solitude.

3. Je me suis tourné et retourné et j'ai pleuré toute la nuit,
Mec, au réveil ce matin ma "rouleuse de gâteaux" était partie.

4. Il m'a fallu croiser les bras et m'éloigner lentement,
--Je n'aimais pas sa façon de se comporter.--
J'ai prié qu'un jour ce soit ton tour d'avoir des ennuis.

5. Viens ici, petite, assieds-toi sur mes genoux,
Je vais te raconter tout ce qu'ils/elles m'ont fait.)

Le consensus entre les experts ès blues est que ce morceau s'inspire du ‘Roll and Tumble Blues’ de Hambone Willie Newbern (Atlanta, 1929, OKeh 8679 ; Roots RL-307 ; Document DOCD 5003) mais la trame mélodique avait déjà été gravée par Gus Cannon's Jug Stompers dans ‘Minglewood Blues’ l'année précédente (Memphis, 1928, Victor 21267 ; Herwin 208 ; disponible en CD sur Cannon's Jug Stompers - The Complete Works 1927-1930, Yazoo 1082/3). Il est évident toutefois que Robert se l'est réapproprié, comme s'est souvent le cas dans le blues, en remettant plusieurs fois l'ouvrage sur le métier. Seuls les couplets 3 (mais avec un deuxième vers tout neuf) et 4 renvoient à l’‘original’, le reste étant de sa propre composition ; donc, autant que nous sachions, 70 % des paroles sont de lui.
Ce blues, dans son ensemble, a l'air plus construit, avec une entrée en matière claire et nette, alors que celle de Newbern ("And I rolled and I tumbled...") nous donne l'impression d'avoir rattrapé un morceau en marche. Et sur ce point, je suis en désaccord avec David Evans, selon qui "‘If I Had Possession...’ pourrait bien avoir été une composition inachevée, une ébauche" la dernière gravée lors de la séance du 27 novembre 1936 à San Antonio et il est fort possible qu'en l'occurrence Johnson ait raclé les fonds de tiroir. J'en serais personnellement surpris, non seulement pour son début convaincant, mais aussi pour la profondeur et la cohérence de l'ensemble.

Robert Springer  

  

 

 

 

 

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