Los Angeles

« Bring in the dog and put out the cat, yakety yak, don't talk back ! » 

 

 

La Californie, un blues tardif
Les scènes du blues californien avaient fleuri autour de la Deuxième Guerre mondiale, donc assez tard. Trop tard pour standardiser une couleur qui aurait été celle du Sud-ouest. D’autant moins que Modern, le gros label du coin, s’était dispersé en une poussière de petits macarons spécialisés. Ce genre de flottement décourageant toute propension hégémonique, Modern n’exerça pas la tyrannie artistique des maisons de Chicago, et laissa miroiter une arlequinade de styles, souvent à la marge du blues.
Des artistes aussi prometteurs que BB King ne firent souvent que passer par Los Angeles. Modern, le label du sud, et Chess, le label du nord, disputaient une âpre partie de ping-pong pour s’assurer l’exclusivité des artistes que dénichaient leurs contacts à Memphis, Sam Phillips et Ike Turner. Meteor, un label affilié à Modern, labourait sur Memphis pour la maison-mère et achevait d’excentrer le catalogue des frères Bihari (Modern).
Les migrants noirs venaient principalement du Texas, mais aussi de Louisiane, d’Arkansas, d’Oklahoma, voire du Mississippi. Ils trouvaient du travail dans les champs de San Joaquin, d’Imperial Valley, ou dans les usines d’Oakland et de LA. Chacun apportait une climatologie régionale qui s’altérait moins qu’à Chicago, où régnait un esprit d’écurie, où la clientèle du blues avait la même origine et les mêmes goûts. Les ghettos des métropoles californiennes étant moins désespérants que dans les États traditionnels du blues, cette moindre terreur favorisait l’intégrité des expressions vernaculaires qui s’importaient à LA, San Francisco ou Oakland.
L’industrie du cinéma devait, elle aussi, modeler les scènes de Los Angeles avec un nouveau chic qui s’instillait, peu ou prou, dans les clubs des quartiers chauds et, peut-être aussi, dans l’esprit des producteurs.
Enfin, sur la côte Ouest, théâtre du flower-power, le blues gagna une nouvelle chambre d’écho, se blanchit dans le grand brassage musical hippy, devint crossover et s’internationalisa parfois jusqu'à devenir un autre langage. C’est là-bas que John Lee Hooker trouva l’occasion d’un renouveau à la fin des années 60. L’importance des passeurs blancs, Canned Heat ou Janis Joplin, ne doit pas être tenue pour quantité négligeable. Les scènes californiennes furent et restent un inextinguible feu d’artifice musical où le blues finit toujours pour trouver son compte.

Los Angeles
Gérard Herzhaft distingue avec prudence deux pôles qui vont brasser tous ces styles exogènes. Le premier s’organise autour de LA et d’Hollywood, où les émules des pianistes Nat King Cole et Charles Brown s’adonnent aux suaves avatars d’un jazz très accessible, éthéré, qui s’endimanche volontiers d’anches et de cuivres. Le second pôle se développe dans la région d’Oakland avec des clubs plus populeux et une clientèle plus proche du ruisseau.
Les spécialistes donnent T-Bone Walker, Charles Brown et Lowell Fulson comme les fondateurs du blues californien, très influencés par les styles du Texas. LA sécréta rapidement les infrastructures d’une ville propice aux bluesmen : des rues chaudes (Central avenue, Vermont, Broadway), des clubs (le 5-4 Ballroom, le Moore’s Swingtime, le Californian), des producteurs pour toutes les ambitions (Bihari ou Fullbright), un réseau de labels pour tous les feelings (RPM, Speciality, Imperial, Swingtime, Hollywood, Aladdin, Arhoolie plus tard), des DJ efficaces pour populariser les singles de Jimmy McCracklin, Ray Charles, Wynonie Harris, Jesse Fuller, Mance Lipscomb, et un inépuisable circuit de distribution (Dolphin’s of Hollywood, Flash Record Shops, Ideal Music).

Christian Casoni                

 

 

 

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