Juju Child
Le fruit nouveau des racines

Chapeau vissé sur la tête et sempiternel sourire qui trahit un réel plaisir d'être là, sans aucun doute, Juju Child aime son art. Il aime le blues et aime en parler. Ses deux mots d'ordre: be roots et do not forget the roots  !

Blues Again  : Ton histoire, en quelques mots ?

Juju Child : Je suis un p'tit gars de la campagne né près de La Nouvelle-Orléans. J'ai baigné dans la musique toute ma vie. Enfant, j'allais à l'église jouer et chanter du gospel dans les choeurs. J'ai ensuite pris quelques leçons de jazz et j'ai joué dans des petits groupes de R&B et de reggae. Mes références restent BB King, Muddy Waters, John Lee Hooker, Howlin' Wolf, Tyron Davis. Je m'en suis inspiré et je puise toujours chez eux. Depuis que je suis à Paris, je compose et joue du blues en solo. Le CD qui va sortir en décembre sera mon troisième.

Muddy Waters, John Lee Hooker... T'es-tu inspiré de quelqu'un de plus proche ?

Mon oncle James ! James Williams. C'était un guitariste avec une sacrée âme de musicien et un charisme hors pair. Un des meilleurs guitaristes de gospel que j'aie rencontré. C'était en quelque sorte mon guitar hero  ! Il y a aussi Alvin Batiste. Lui, c'était mon professeur de jazz, un véritable mentor. Il savait s'y prendre pour enseigner, j'ai énormément appris grâce à lui. Là aussi, je continue à utiliser et à user de ses conseils. Ils sont impérissables. Miles Davis a eu une grosse influence, mais il est moins proche de moi qu'oncle James et Alvin.

Quels souvenirs as-tu d'Alvin Batiste ?

(Silence...) C'est le genre de professeur que tu n'oublies pas. Chaque année, il nous apprenait à jouer d'un nouvel instrument de musique. Juste pour nous montrer comment ça marchait, quel sentiment tu pouvais avoir en jouant de la guitare, de la batterie, du piano, etc. Je le regardais tous les jours répéter ses gammes, quatre heures par jour. A la fin de l'année tu pouvais jouer en concert avec ce qu'il t'avait enseigné. Il avait coutume de dire : «  Fais attention à ne pas marcher n'importe où, sans savoir où tu marches  ». Il nous conseillait de profiter de notre temps libre pour s'exercer parce qu'une fois âgés, nous aurions moins de loisir, et il avait raison. Du coup, si nous avions huit heures devant nous, nous nous exercions pendant huit heures. L'autre chose que j'aimais avec Alvin, c'est qu'il prenait des étudiants comme accompagnateurs, lorsqu'il se produisait. Sans le savoir, il nous responsabilisait. Rien de mieux pour apprendre. Je ne suis resté que deux ans avec lui, mais cette rencontre m'a marqué. C'était mon mentor. On n'oublie pas ses mentors.

Pour l'état civil tu es R. Jamil Williams. Pourquoi avoir changé de nom ?

Je n'aimais pas Roosevelt, alors j'ai pris Juju Child. Je trouvais que ce nom avait de jolies teintes et de bonnes vibrations. Il respire le blues et garde une certaine juvénilité. C'est comme ça que je vis et c'est comme ça que je continuerai à vivre. Juju était un des héros du feuilleton télé Jungle Jim , que je regardais quand j'étais gamin. Je lui rends hommage en quelque sorte...

Pourquoi t'es-tu installé à Paris ?

À cause d'une fille. Je voulais être avec ma chérie. Avant de poser mon paquetage à Paris, ça faisait vingt ans que je vivais grâce à ma musique. Paris, c'était comme une suite logique... avec un brin d'amour en plus.

 

Tristan Sicard et Julien Capel

... la suite dans Blues Again ! N°15