Robert Springer, Blues Lyrics
Grievin' Hearted Blues

 

‘Grievin' Hearted Blues’

You'll find you love me, baby, some some some sweet day
You gonna find you love me, baby, some some sweet day
It is true I love you, but I can't take mistreatment this way.

All I want is my ticket, please show me my train, (bis)
I'm gonna ride, gonna ride till I can't hear them call my name.

I'm gonna start cryin', mmmh, my love has been refused, (bis)
Gonna keep on cryin' to lose these grievin'-hearted blues.

(Brownie McGhee, New York, 1959, Folkways FA 2422, disponible sur le CD Brownie McGhee: The Folkways Years, 1945-1959, Smithsonian Folkways Recordings, 1991)

Traduction
Un beau jour, petite, tu t'apercevras que tu m'aimes,
C'est vrai que je t'aime, mais je ne peux supporter un tel traitement.

Tout ce que je veux, c'est mon billet, veuillez m'indiquer mon train,
Je vais voyager, voyager jusqu'à ce que je ne les entende plus m'appeler.

Je vais me mettre à pleurer, mmm, on a refusé mon amour,
Je vais continuer à pleurer pour perdre ce blues des cœurs en deuil.

A priori, si ce n'était que ça, le blues, ce serait à en...pleurer. « Ces histoires d'amour déçu, refusé, non partagé, ça va bien un moment, me direz-vous. On dirait une femme qui se complait dans sa douleur. » (Les lectrices féministes voudront bien excuser ce cliché : c'est pour fixer les idées, pas plus.) Eh bien, vous n'avez pas complètement tort. Ce morceau, nous le devons en réalité à Ma Rainey (je remercie David Evans de m'avoir signalé l'existence de cette première version) qui l'enregistra sous le même titre pour Paramount en décembre 1926. Le titres est disponible, entre autres, sur le CD : Ma Rainey: The Complete Mastertake's Collection, vol. 3 - 1926/27, King Jazz.
Les paroles de l'original sont identiques, à ceci près que l'on y trouve, dans la deuxième strophe, « hear you call my name ». Brownie a tout simplement retourné la portée du morceau par le biais de cette substitution de pronoms personnels, selon une habitude bien éprouvée. Comme dans ‘South Carolina Rag’ (voir l’épisode précédent), le pronom personnel pluriel semble incongru mais tout s'éclaire quand on garde à l'esprit qui pouvait bien être l'objet réel du ressentiment du chanteur et, par-delà, de son peuple.
La beauté de ces histoires d'amour déçu, c'est qu'elles permettent un traitement ambigu qui sert à donner le change aux Blancs tout en exprimant des rancœurs légitimes : elles parlent souvent de « cheaters and mistreaters », quel que soit le sexe auquel elles semblent s'adresser, la langue anglaise ne donnant pas de genre à ces termes.

 

Robert Springer

... la suite dans Blues Again ! N°15