Robert Cray
Le son d'aujourd'hui

Son premier album live From Across The Pond (2006) couronnait trente-quatre ans d'une brillante carrière. Décrié par certains comme le créateur du blues commercial, Robert Cray n'en reste pas moins l'artisan d'une nouvelle forme du genre qui culmina durant les années 80.

La création d'un son

Fils de militaire, Robert Cray naît le 1 er août 1953 à Columbus, dans l'Etat de Georgie. Il vit un temps en Allemagne puis revient aux Etats-Unis, à Seattle. C'est là qu'il passe une partie de sa jeunesse, dans l'euphorie des sixties. Il découvre le rock ainsi que le blues, par les disques de Magic Sam, Albert Collins, BB King ou Albert King. Le gospel, la soul music de Sam Cooke et les productions Stax sont également, pour lui, des sources majeures d'influence. Au début des seventies, Cray entre à l'Université de Tacoma et fonde son premier groupe avec un ami, le bassiste Richard Cousins. Lorsque le bluesman texan Albert Collins vient donner un concert sur le campus de l'université, les deux guitaristes se lient d'amitié.

En 1974, Cray décide de monter ce qui sera la première mouture du Robert Cray Band . Rapidement, le groupe se produit dans la ville de Eugene (Oregon), et commence à se faire connaître dans la région. En 1977, tout s'accélère. A l'époque, le festival de blues de San Francisco est une formidable plate-forme pour se faire remarquer. Cray ne manque pas l'occasion de jouer une seconde fois aux côtés d'Albert Collins. La prestation du groupe fait sensation. Deux producteurs assistent à l'événement. Immanquablement, Dennis Walker et Bruce Bromberg s'intéressent au groupe. Ils produiront par la suite de nombreux disques du Robert Cray Band . La voix très soul de Cray, son jeu de guitare fluide et soigné, font mouche. Le son de Robert Cray est déjà là.

Les débuts d'une aventure discographique à succès

LE son est né, mais il n'est pas encore vraiment mûr. Quelques mois après le festival de San Francisco, Cray et ses colistiers entrent en studio pour enregistrer le premier album du groupe : Who's Been Talking (Tomato Records). Malheureusement, le disque passe quasiment inaperçu auprès du public et de la critique. La même année, Cray fait une apparition sur le grand écran, dans le film Animal House . Il joue un petit rôle aux côtés de John Belushi. Il n'abandonne cependant pas la musique, d'autant que sa voix et son jeu de guitare font sensation partout où le groupe se produit.

Il est programmé de nouveau pour l'édition 1979 du San Francisco Blues Festival. C'est, pour lui, l'occasion de grandes rencontres : la chanteuse d'Austin, Lou Ann Barton, et un jeune et talentueux guitariste, encore peu connu du grand public : Stevie Ray Vaughan. Cray et Vaughan sympathisent immédiatement. Ils n'imaginent alors pas à quel point ils vont peser tous deux sur la destinée d'une musique née soixante-dix ans plus tôt.

Après cette série de concerts (notamment sur la côte ouest), Robert Cray va s'atteler à transformer l'essai, marqué grâce à sa prestance scénique, en enregistrant un second disque. Sauf Richard Cousins qui reste à la basse, le line-up change. Deux nouveaux venus apportent ainsi des sonorités de clavier et de saxophone, absentes jusque là.

Bad Influence , chef-d'oeuvre annonciateur d'une grande carrière

En 1983 le second LP du groupe, Bad Influence, sort sur le label Hightone Records et remporte un succès immédiat. Entre la maison de disques, les producteurs et le groupe, l'esprit d'équipe qui règne sera le garant d'une collaboration fructueuse pour les années à venir. En très peu de temps, le disque, très diffusé en radio, monte à la première place des charts britanniques pour les labels indépendants. Commence alors une longue relation privilégiée entre l'artiste et ce pays.

Le Robert Cray Band est submergé par les invitations à jouer dans le monde entier.

Vincent Mehl

... la suite dans Blues Again ! N°14

Robert Cray par Franck Ash

Première rencontre

Je rencontre la musique de Robert Cray au festival de Bagneux en 1985. Le jeu de guitare, le son, l'univers harmonique, une attitude ascétique ou austère - certains diront froide - tout chez Cray, ce soir-là, révèle que le blues a évolué et que notre homme en est l'instigateur. Certains réfractaires dans le public (on les appelle aussi puristes) s'en sont rendus compte. Ils hurlent : «  Du blues !  ».

A cette époque, Cray a déjà enregistré Too Many Cooks et Bad Influence , dont il reprend deux titres dans le dernier album ( Live From Across The Pound - 2006). En dix ans, jusqu'en 1995, se succéderont huit albums, le meilleur de sa créativité, huit joyaux qui s'inscrivent dans l'histoire du blues, une histoire que l'artiste écrit lui-même au présent. C'est plutôt rare.

Je le reverrai plusieurs fois en concert.

.../...

Premières parties

Robert Cray passe à Paris lors de la tournée Some Rainy Mornings en 1995. Je contacte la production de la Cigale pour ouvrir son show. Je suis honoré de pouvoir jouer devant le public de celui qui est devenu alors un de mes maîtres.

Après le concert notre rencontre sera brève, même si l'homme est d'un accès facile, directement et par l'intermédiaire de son tour-manager et technicien-guitare (Dave est très sympathique...). Là non plus, pas de frime ni de faux éclats de rire, on n'est pas pote sans se connaître, rien d'hypocrite et pas de gros mots.

Décidément, Cray rompt avec tous les stéréotypes liés à l'image des bluesmen.../...

Robert Cray, un musicien complet

Cray pourrait n'être que chanteur : la voix est chaude et expressive, parfaitement articulée, aérée, claire et juste. Elle est de plus en plus séduisante avec le temps. Pour moi, c'est une des plus belles voix soul de l'histoire, dans la lignée de Sam Cooke. Il y a des passages vocaux sublimes dans le dernier live.

Mais Robert Cray pourrait aussi n'être que guitariste : il a un son nouveau, inimitable, et un phrasé bien à lui.../...

Côté matos

Depuis 1983, Cray a eu deux formations, deux types de matériel et un modèle de guitare.

Il passe des Fender Twin Reverb aux Amplis Matchless et de la Fender Stratocaster des années '60 à la Fender Stratocaster custom shop, signature Robert Cray (un honneur qui n'a pas été rendu à SRV de son vivant). Hard tail bridge, pas de vibrato (on notera par contre le vibrato naturel que Cray donne aux accords avec le poignet), .../...

Franck Ash

... la suite dans Blues Again ! N°14