Duke Robillard
J'aime varier les plaisirs

Il a commencé à l'âge de 10 ans et, depuis bientôt 50 ans, il arpente les salles et les festivals du monde entier pour distiller un blues toujours aussi rythmé. Rencontre avec le Duke pour parler de sa carrière, de ses projets et de ses envies.

Interview :

Blues Again  : Une question que beaucoup se posent ici : d'où vient la consonance française de ton nom ?

Duke Robillard : Mes grands-parents étaient de Montréal. Tous les Robillard que je connais ont pour ancêtre un Claude Robillard qui est venu de France au XVI e ou XVII e siècle.

Tu as commencé à jouer très tôt. Tu pensais à une carrière ?

Avec mes amis à Woonsocket (Rhode Island), la seule chose à laquelle nous pensions c'était jouer de la musique. Pas gagner de l'argent, juste nous faire plaisir en nous enregistrant. Notre but était de former un groupe comme le Buddy Johnson Orchestra ou le T- Bone Walker's Band . Le seul fait de pouvoir jouer en groupe était pour nous quelque chose de magique. Jouer, jouer, jouer, tel était notre unique mot d'ordre. Bien évidemment, il fallait jouer correctement sinon cela n'avait aucun sens. Nous avons eu la chance d'avoir des parents qui nous poussaient à persévérer dans cette voie. Nos idées venaient de la radio. On écoutait des gars comme Hank Williams, Bob Wills, Chuck Berry ou Little Richard, et on avait envie de faire comme eux. Je crois que le premier choc pour moi, c'est en 1954, quand est sorti ' Rock Around The Clock '. Ça m'a donné la chair de poule. Je me suis dit qu'il fallait que j'apprenne à jouer ce genre de musique.

Pourquoi avoir choisi de faire du jump-blues ?

Quand j'ai créé mon premier groupe professionnel, Roomful Of Blues, en 1967, on se disait que ce serait pas mal de pouvoir faire plaisir aux gens en les faisant bouger. C'est pour ça qu'on s'est lancé dans le jump-blues. De plus, la rencontre avec Eddie Cleanhead Vinson ou celle avec Big Joe Turner a facilité notre choix pour ce style de blues.

C'était quand même une option étonnante pour un jeune groupe de 1967...

C'est vrai, les jeunes ne connaissaient pas du tout. Et pour les anciens, c'était une musique qui avait été populaire parmi les Noirs dans les années 40 et au début des années 50. Sur la Côte Est, très peu de groupes jouaient encore ce blues. Le jump-blues venait souvent de la Côte Ouest ou du Sud, mais dans l'Est c'était plus que rare. Avec Roomful Of Blues , nous étions donc plus ou moins les précurseurs de ce style. Mais j'aimais ce style, et j'avais créé le groupe pour faire ce son, cette musique spécifique des groupes de cette période.

Vous vous sentiez marginaux ?

Oui, mais ça n'avait pas d'importance pour moi. Je voulais juste jouer la musique que j'aimais. Au début, on nous jetait toutes sortes de projectiles sur scène, des bouteilles et des verres. Pourquoi ? Quand on a commencé à avoir du succès, durant la première moitié des 70's, le disco commençait à être à la mode. Un jour on nous a même balancé un gros pétard qui a explosé au devant de la scène. Heureusement, j'étais jeune et obstiné et je n'ai pas laissé tomber. Petit à petit, les gens ont découvert qu'on pouvait danser là-dessus et donc, c'est devenu populaire parmi les danseurs. Ensuite d'autres ont commencé à écouter et apprécier la musique en soi. D'autres musiciens ont aussi commencé à s'y intéresser à force de nous entendre. A cette époque, il était très difficile d'entendre du jump-blues, les disques n'étaient pas réédités. Moi-même, je passais du temps à fouiller les sous-sols des magasins d'occasion. Aujourd'hui, avec le CD, tout est disponible mais, à l'époque, c'était une véritable quête.

Le premier album de Roomful Of Blues est quand même venu longtemps après...

Dix ans après ! On avait enregistré un single nous-même, un 45-tours, au début des 70's. On voulait faire un album, mais aucune maison de disque n'était intéressée...

Benoît Chanal et Tristan Sicard

... la suite dans Blues Again ! N°14